Arrêter la violence

Un aspect important du "Kung Fu" peut se découvrir en expliquant, succinctement ici, la signification des idéogrammes chinois.

La majorité des informations ci-dessous provient de l'enseignement de Georges Charles et en particulier de son livre "Les exercices de santé du kung-fu" (Albin Michel).

En fait Kung Fu ne désigne pas vraiment "l'art martial" chinois...

L'idéogramme Kung que voici:

 

est composé de l'idéogramme Gong:

signifiant artisan, équerre ancienne, ouvrier, métier, travail, constructeur, oeuvre, habileté.

et de l'idéogramme Li:

signifiant tendon, fibre musculaire, force, effort dynamisme, compas, capacité, puissance.

L'association des deux (Kung) signifie travail réalisé, travail accompli, action méritoire, but atteint.

Ensuite l'idéogramme Fu que voici:

provient de l'idéogramme Ren:

signifiant homme, femme ou être humain en général.

En rajoutant un trait horizontal on obtient l'idéogramme Da:

signifiant grand, noble, éminent, être humain adulte.

En rajoutant un deuxième trait horizontal on obtient alors Fu:

signifiant homme adulte (coiffé d'un chapeau), travailleur, serviteur.

(Kung Fu)

Kung Fu se traduit donc littéralement par travail accompli et réalisé par l'homme adulte. Par extension on parlera de réalisation personnelle, de compétence acquise dans une activité particulière.

Donc il n'est pas question ici de techniques de défense ou d'attaque mais d'une compétence acquise par un travail long et difficile dans un domaine particulier. Ce domaine peut être n'importe quelle activité humaine: la cuisine, le tricot, la couture, la politique, la boucherie, etc... On dira simplement de untel qu'il a un bon Kung Fu dans son activité.

Nous verrons plus loin pourquoi ce terme de Kung Fu en est venu à désigner de manière générique la Boxe Chinoise.

Pour être un peu plus précis dans son discours il faut rajouter à Kung Fu le domaine que l'on veut désigner. Pour "l'art martial", il s'agira des deux idéogrammes Wu et Shu.

       L'idéogramme Wu que voici:

 

est composé de l'idéogramme Zheng:

signifiant rectitude, rectifier, faire cesser, stopper, interdire, s'arrêter à la juste limite, droit, correct, juste, irréprochable.

(Pour l'anecdote, les chinois utilisent cet idéogramme pour compter jusqu'à 5, comme nous le faisons avec nos quatres traits verticaux barrés d'un cinquième):

Et de l'idéogramme Ge:

Signifiant hallebarde, hallebarde à crochet (Flat-Head Halberd, L-Shaped Lance)

Voici un fer de hallebarde à crochet visible au musée Guimet (le manche se fixait sur la partie inférieure):

On peut distinguer ci-dessous ce type de hallebarde (Extraits du film "The Forbidden Kingdom"):

A l'origine, d'après Yang Jwing-Ming dans son livre Ancient Chinese Weapon, cette hallebarde était réalisée en fixant une corne d'animal ou une pierre taillée à l'extrémité d'un grand bâton. Plus tard ce fut un morceau de cuivre qui fut fixé à l'extrémité d'un bâton court pour le combat entre soldats à pieds ou à l'extrémité d'un bâton long pour le combat entre cavaliers. Cette arme était principalement utilisée pour crocheter et transpercer l'adversaire. Elle était une des principales arme lourde avant les années 700 avant JC et commença à disparaître des champs de bataille après les années 200 avant JC.

L'association des deux (Wu) signifie donc arrêter la lance, c'est à dire capacité à faire cesser la violence, bravoure, militaire.

Graphiquement on voit bien la lance (Ge) qui est bloquée par Zheng, on sent le mouvement de haut en bas, et aussi l'impact avec le petit trait horizontal qui est rajouté!

On retrouve cette image dans la pratique du bâton, avec ci-dessous une attaque Métal de Eric et un blocage Terre de Frédérick!

"Le brave est celui qui, par sa rectitude, est capable de faire cesser la violence sans nécessairement utiliser celle-ci" (Wieger).

 L'idéogramme Shu que voici:

est composé de l'idéogramme Xing:

signifiant carrefour de chemins, marcher, aller, faire, agir, conduite et de l'idéogramme shu:

signifiant technique

(Shu)

L'association des deux (Shu) signifie art, habilité technique, secret, science, savoir, ce qui marche.

(Wu Shu)

Wu Shu se traduit donc par art militaire, art martial, art chevaleresque, ce qui est capable d'arrêter la lance, de faire cesser la violence sans nécessairement utiliser celle-ci.

En rajoutant Kung Fu à Wu Shu on obtient finalement:

Kung Fu Wu Shu se traduit donc par compétence dans l'art chevaleresque de faire cesser la violence sans nécessairement utiliser celle-ci.

Vocalisation chinoise

En coréen cela donne:

                  KOUNG                       HOU                             MOU                         SOULE

En japonais WU SHU se dit BU JUTSU et KUNG FU se dit KEM PO (avec les mêmes idéogrammes bien sûr).

C'est ce BU que l'on retrouve dans BUSHIDO, associé à l'idéogramme DO (TAO en chinois, la voie):

 

Georges Charles cite un passage du BUSHIDO qui est la voie chevaleresque japonaise et un ensemble de préceptes destinés au samouraï:

"La rectitude est l'ossature principale qui assure la fermeté et permet de se tenir debout et droit. Sans épine dorsale la tête ne pourrait se maintenir, ni les mains se mouvoir, ni les pieds supporter le corps. Ainsi, sans la rectitude, ni le talent, ni le savoir ne peuvent faire d'un être humain un chevalier. Si on cultive la rectitude, le talent et le savoir sont secondaires."